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Lettre ouverte au président français : Pourquoi la France en République centrafricaine ?

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Monsieur le président de la République française Emmanuel Macron, avant tout propos, je vous présente mes civilités. Sachez tout au début que mes lignes n’ont pas vocation à respecter la logique d’un quelconque formalisme rédactionnel adressé à une haute personnalité comme la vôtre. Il s’agit d’un direct d’un jeune africain au président français comme vous l’aviez fait au Burkina-Faso.

Votre élection à la tête de cette grande nation la France, a été suivie et très appréciée par le monde entier, notamment en Afrique où ses populations, à majorité jeune, se réjouissaient du fait qu’une génération de votre âge succède aux anciens qui ont toujours marqué et dominé la vie politique en France comme ce que nous vivons dans certains de nos pays en Afrique depuis les indépendances.

Je ne doute pas du tout de vos ambitions de renouveler, non seulement la classe politique de votre pays, mais aussi les pratiques politiques et les reformes pour pouvoir rendre votre pays plus attractif et performant sur tous les domaines. A moins d’1 an d’exercice de pouvoir, vous prouvez que vous êtes un homme qui joint les actes à la parole. Vous avez eu à visiter notre continent depuis que vous êtes à l’Elysée. De vos tournées en Afrique, j’y retiens votre discussion terre-à-terre avec les étudiants du Burkina-Faso où vous étiez très franc sur certaines questions essentielles et opportunes notamment la sécurité, l’éducation, l’énergie ou encore l’économie.

Bref, une réussite totale de ces échanges grâce à votre humilité et disposition à discuter avec ses jeunes intellectuels africains en émergence dans leur propre pays, mais aussi à cette franchise exprimée. Cela démontre que, comparativement à vos prédécesseurs, vous êtes un atout majeur pour la jeunesse africaine dans des perspectives d’avenir à travers des discussions franches. D’ailleurs vous l’avez davantage prouvé tout récemment à Dakar au Sénégal dans un sommet visant à la promotion de l’éducation sur ce continent, pilier de la réussite de notre jeunesse.

Je suis certain que vous connaissiez bien un de ses pays du continent noir, la République centrafricaine, avant de louer l’Elysée. Car, vous étiez ministre sous l’ancien président François Hollande et même étant devenu président, vous aviez eu à recevoir en audience le président centrafricain, le Professeur Faustin Archange Touadéra.

Ce pays de 4 millions d’habitants voire plus, est une des anciennes colonies françaises en Afrique avec un sol et un sous-sol immensément riche, mais pauvre en vie dont vous avez certainement eu écho, j’en suis persuadé. Outre ses ressources naturelles non encore mises en valeur, il a à la chance d’avoir comme premier partenaire votre pays la France avec lequel il est lié par plusieurs accords dont ceux relatifs à la défense et bien d’autres. Sans doute, la France a l’intention, par ses nombreuses interventions dans ce pays sur tous les plans (militaire, financier, politique humanitaire etc), de le rendre un Etat normal comme les autres que nous pouvons dire avec réserve si cette intention est-elle sincère ou pas.

Bien ! La chaux étant passée sur le mur, nous pouvons maintenant passer la couche de la peinture. Ceci m’amène à reposer cette question : pourquoi la France dans mon pays la République centrafricaine ? Je pourrais compléter en m’interrogeant davantage : que veut la France de mon pays la RCA ? A-t-elle véritablement prévu un plan d’appui au redressement de ce pays ou plutôt à son maintien dans l’instabilité ? Le considère-t-il simplement comme sa chasse-gardée au point de l’empêcher de devenir un Etat normal ?

Loin d’être d’une posture belliqueuse ou haineuse vis-à-vis de ce peuple (français) qui m’accueille chez lui avec hospitalité, je m’en vais vous donner les motifs purement intellectuels de mes interrogations pour espérer avoir de vous des réponses monsieur le président.

Il y’a de cela quelques jours, le Conseil de sécurité de l’Organisation des Nations-Unies (ONU) dont votre pays fait partie des membres permanents jouissant d’un droit de veto, a renouvelé les sanctions qui pèsent sur mon pays la RCA, notamment l’embargo sur les armes. Cette sanction a été renouvelée à l’initiative de votre pays la France qui, normalement devrait être celui là qui allait s’imposer bec et ongles pour aider une de ses anciennes colonies et pays ami a retrouvé sa stabilité à travers l’opérationnalisation de ses forces de défense et de sécurité nationale en lui fournissant des armes comme a fait la Russie de Poutine, vos diplomates disent niet, c’est pas le moment.

Je voudrais ici vous rappeler que les innocentes populations tant de nos provinces que de la capitale centrafricaine ont commencé et continuent à mourir sous les balles de ces agresseurs et groupes armés depuis décembre 2012, l’année pendant laquelle la nébuleuse ‘’Seleka’’, un mouvement politico-militaire hétéroclite composé à majorité de mercenaires étrangers, enclenchait son offensive armée contre le régime du Général d’armée François BOZIZE YANGOUVOUNDA au pouvoir en ce temps.

2012 à 2018, cela avoisine 6 ans de calvaire, de massacres, de tueries, de pillages, de destruction avec leur corolaire les déplacés, les refugiés, des morts, des incendies auxquels mon pays et ses populations sont confrontés. Votre pays nous est venu au secours en 2013 à travers l’opération ‘’Sangaris’’ qui d’ailleurs a laissé de mauvaises traces par les affaires de viols sur mineurs et dont la justice de votre pays y a donné un non-lieu. Celle-ci n’a pu stabiliser, neutraliser et imposer la paix dans mon pays malgré son arsenal de combat. Avec l’aide de l’union européenne, vous contribuez aussi à former nos Forces armées dont certains bataillons sont déjà prêts à aller au front, nous vous en remercions.

Dès-lors que les forces onusiennes qui sont dans mon pays ne parviennent pas aussi comme les vôtres (Sangaris) par le passé à neutraliser ces groupes armés et leur imposer la paix en les laissant même occuper 70% du territoire de mon pays et que vos diplomates refusent de dire à l’ONU qu’il est temps d’armer nos forces nationales, je me vois obligé de vous faire part de mon indignation d’un jeune homme activiste, défenseur des droits de son peuple et de l’homme, ayant frôlé la mort puisque j’ai vécu cette guerre et je courais dans tous les sens pour sauver ma vie et celle de ma famille avant d’être en France. Notre avenir en est  même incertain, notre éducation bafouée, notre économie exsangue à cause de cette interminable instabilité dont les causes sont d’ordre national et étranger.

National, je voudrais là pointer du doigt la classe politique nationale qui a fait du pays une passoire et ingérable du fait de la carence de gouvernance et de beaucoup d’autres maux ; Etranger, je voudrais mettre en cause certaines pratiques de certains pays notamment le Tchad et le vôtre qui ont toujours servi de tremplin aux rebelles par le financement‚ l’hébergement et la préparation à dessein de déstabiliser le mien. Car‚ l’armée tchadienne a été aussi citée dans une enquête onusienne dans des exactions armées dans mon pays que j’ai moi-même vécues. Vous n’y êtes pour rien étant donné que vous faites partie de cette nouvelle génération qui fait obstruction aux anciennes pratiques politiciennes tant à l’échelle nationale qu’internationale.

Mais‚ vous allez peut-être m’en vouloir que je mette en cause votre pays la France sans fondement.  Eh bien‚ je m’en vais vous référer à un de vos compatriotes, le député communiste André Chassaigne qui, lors d’une session parlementaire, a reconnu et dénoncé ouvertement au parlement de votre pays les manœuvres pas claires de la France visant parfois à maintenir ou installer au pouvoir voire à déstabiliser mon pays la République centrafricaine. Cette intervention existe en vidéo sur youtube.

Eu égard à tout ce qui est dit ici, j’interpelle votre compréhension et votre lucidité‚ monsieur le président‚ à inscrire dans vos stratégies d’appui à l’Afrique, un chapitre spécial consacré à mon pays la République centrafricaine en vue de compenser les erreurs de votre pays la France dans le mien notamment dans le domaine de la sécurité‚ de la défense et de l’économie en raison des accords historiques qui lient nos deux pays. Car‚ le refus de la levée de cette sanction (embargo) qui pèse sur mon pays qui a été à votre initiative‚ vienne un tant soit peu éveiller les soupçons sur la mise en cause de votre pays dans une part de responsabilité dans cette instabilité sécuritaire en Centrafrique qui circule dans l’opinion.

Nous sommes une génération nouvelle‚ vous et moi, nous sommes tenu à un devoir, celui d’agir pour sauver le monde et les peuples en situation difficile. Vous avez fait de la question migratoire une priorité dans vos discours, vous en connaissez les raisons et les souffrances qu’il y a tout autour. J’y ai même écrit un ouvrage (Essai) dessus intitulé‚ ‘’Le centrafricain en France‚ une problématique humaine à explorer’’ où j’ai présenté les risques de l’immigration dans votre pays selon mes propres vécues. Cela laisse entendre que vous pouvez faire pour mon pays qui veut respirer au moins une fois de son existence de ses groupes armés. Car‚ vous mesurez combien les conflits déstabilisent les peuples et l’économie mondiale, le terrorisme fait peine à l’épanouissement de l’humanité et donc tout comme les rebelles dans mon pays font très mal à nos populations en provinces.

Sur ce, je vous exprime ma chaleureuse salutation et considération.

William Dehou, Juriste chroniqueur‚ Nantes le 8 février 2018

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