Le quotidien burkinabé rappelle que Moscou a déjà livré des armes après avoir obtenu des Nations unies la levée de l’embargo. Le pays participe à la formation de l’armée centrafricaine. Il a aussi “réussi le tour de force” d’entamer des négociations entre le pouvoir central et les groupes armés.

Les “victoires” de la Russie

Malgré la fin de la guerre civile en 2014, plusieurs régions centrafricaines restent en proie à la violence. Soutenue par les Nations unies et la France, une médiation de l’Union africaine (UA) a été lancée en juillet 2017 pour tenter de restaurer la paix. Mais le processus est critiqué pour sa lenteur et son manque d’efficacité. En parallèle, une médiation a été mise en œuvre par la Russie.

Autant de victoires, peut-on dire, à l’actif de la diplomatie russe. Et cela n’est pas de nature à plaire à l’ancienne puissance coloniale [1905-1960], la France.”

“Cette ‘intrusion’ de la Russie dans ce pré carré de l’Hexagone est d’autant plus inacceptable pour nos ‘ancêtres les Gaulois’ que la République centrafricaine (RCA) représente, pour ces derniers, un double enjeu”, estime l’éditorialiste.

Garder la main sur les richesses minières

D’une part, un enjeu géostratégique, car le “positionnement de ce pays au cœur du continent noir offre des opportunités intéressantes en termes d’installation de bases militaires”.

D’autre part, un enjeu économique “lié à l’immensité des richesses du sous-sol de l’ex-Oubangui-Chari [ancien nom de la République centrafricaine], qui est, en effet, gâté par la nature”. Le pays regorge de réserves de diamants, d’or et d’uranium.

Et ce serait une perte sèche pour la France, elle qui a toujours eu la haute main sur les richesses de ce pays pendant et après la colonisation, de voir la Russie lui chiper cette manne.”

Mais, pour le journal, si la France est bousculée aujourd’hui en RCA par la Russie, c’est parce que, quelque part, “elle a prêté le flanc”.

Paris a ainsi pris la responsabilité de ne pas reconduire l’opération militaire française Sangaris, effective de 2013 à 2016. “À cela, il faut ajouter l’annulation, à deux reprises, de la venue de Florence Parly, la ministre des Armées.”

Et comme la nature a horreur du vide, la Russie, en bonne opportuniste, a vite fait de l’occuper.”

Le Pays demeure toutefois critique à l’encontre du nouvel acteur russe : “Il faut plus que des kalachnikovs pour rapprocher les Centrafricains afin qu’ils se mettent ensemble pour construire le pays.”

“L’apport de la France”

Le journal plaide pour l’action de Paris : “La RCA ne peut pas s’offrir le luxe de se priver de l’apport de la France. Car, quoi qu’on en dise, les Français, de par les aléas de l’Histoire, ont une parfaite connaissance de ce pays. Ce qui est loin d’être le cas de la Russie.”

Et l’avènement du jeune Emmanuel Macron au pouvoir est une opportunité pour les deux pays, permettant d’envisager une coopération sous un jour nouveau.”