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Chronique: La double nationalité est-elle enclin à l’antipatriotisme notoire des cadres et dirigeants centrafricains ?

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A regarder de plus près, 70 à 80% des cadres et dirigeants centrafricains qui sont la plupart, cette génération de 2e et 3e âge, ont été formés en France et détiennent pour la plupart, la double nationalité (franco-centrafricains en tête). Ces derniers exercent et occupent de hautes fonctions administratives et politiques dans leur pays naturel (République centrafricaine).

Le paradoxe existe en ce qu’une disposition de la loi centrafricaine n°1961.212 du 20 avril 1961 portant  code de la nationalité, prohibe la double nationalité. Il s’agit de l’article 46 qui dispose, je cite : ’’Perd la nationalité centrafricaine, le centrafricain majeur qui acquiert volontairement une nationalité étrangère, oui qui déclare reconnaître une telle nationalité’’. Ce qui signifie clairement que si tu possèdes une nationalité étrangère en dépit de ta nationalité naturelle, tu cesses d’être centrafricain, soit tu renonces à ta nationalité étrangère pour te prévaloir de celle naturelle.

A première vue, on pourrait reprocher au législateur, le fait d’accepter dans cette loi que des étrangers puissent acquérir la nationalité de son pays (centrafricaine), mais refuse que ses nationaux puissent acquérir la nationalité étrangère. D’où la nécessité de cette interrogation : le fait d’acquérir une nationalité étrangère peut faire perdre à un individu son appartenance à une nation qui l’a vu naitre et grandir naturellement ?

Cette disposition présente bel et bien des doutes sur plusieurs points à savoir,  premièrement, la précision du champ sur lequel la double nationalité doit en principe être interdite comme au Cameroun par exemple où, si tu obtiens la nationalité étrangère, tu restes camerounais par ta nationalité naturelle (de filiation) sauf que tu ne peux occuper des fonctions administratives et politiques si tu ne renonces pas à ta seconde nationalité ; deuxièmement le fait que le législateur centrafricain du code de la nationalité ne fixe pas les conditions claires de la perte de la nationalité, autrement dit, si tu obtiens la nationalité étrangère étant centrafricain, tu ne dois plus gérer tes dossiers administrativement en Centrafrique en tant que centrafricain. Par conséquent, l’administration centrafricaine confisque ton identité et tes dossiers de filiation de départ jusqu’à un possible renoncement.

Bref, dans la réalité, la pratique est tout autre en ce sens que les binationaux centrafricains (la plupart franco-centrafricains), se font maîtres dans la vie politique et administrative nationale qui, lorsqu’ils finissent leur mandat ou l’exercice de leurs fonctions, reprennent le chemin de leur pays de nationalité étrangère et donc‚ ils exercent tous dans l’illégalité. D’où l’intérêt de cette question à l’intitulé de cette analyse : la double nationalité est-elle enclin à l’antipatriotisme notoire des cadres et dirigeants centrafricains ?

Le moins que l’on puisse dire, c’est devenu une stratégie de survie socioéconomique, de réalisation de projets de vie voire de préparer sa retraite que de contribuer au développement national, le fait que des centrafricains franco-centrafricains qui ont des intérêts sociaux ou parfois des ennuis judicaires ou sociaux en France, préfèrent se rendre au pays pour occuper des fonctions politiques ou administratives, en vue simplement de bénéficier des avantages qui y sont liés. Dès qu’ils ne peuvent plus exercer pour plusieurs raisons, ils regagnent leur pays de naturalisation.

Cette pratique est très préjudicielle au sens de patriotisme que réclame le peuple et que ces cadres, intellectuels et dirigeants centrafricains devraient faire montre pour conduire ce pays à bon port. On dirait peut-être que la raison de cette méprise juridique, serait que les « bons cadres » du pays ne se trouvent qu’en France, chose qui n’est vraiment pas vrai à leur où le monde a beaucoup changé en faisant naître dans la nouvelle génération africaine des compétences nouvelles en Afrique que les anciens ne veulent pas mettre à l’œuvre.

Le parlement doit envisager une cession ordinaire pour débattre de la question à finalité soit‚ de supprimer cette disposition, soit de la faire renaître et l’appliquer dans l’intérêt du patriotisme. Il faut aussi privilégier désormais les compétences et les générations qui n’ont que leur pays à y demeurer que confier la destinée nationale à des gens qui, après, regagnent leur pays de naturalisation ou même trahissent voire vendre celui-ci.

Pour refonder profondément la RCA, il faut mettre sur la table toutes les questions même les plus dangereuses. Pour cela, on en fait notre job quotidien.

William Dehou, Juriste chroniqueur, Nantes le 1er mars 2018.

 

 

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