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Centrafrique : Près de 350 000 enfants enregistrés dans les rangs des groupes armés

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Ce lundi 12 février marque la Journée internationale des enfants dits ‘’Enfants soldats », appelée aussi Journée de la main rouge. La République centrafricaine a célébré cette journée dont la cérémonie officielle a eu lieu dans l’auditorium de l’Alliance française à Bangui, placée sous le signe de l’éradication du phénomène de recrutement et d’utilisation des enfants au sein des groupes armés. Mme Gisèle Pana, Ministre de la Promotion de la femme et de la famille et de la protection de l’enfant a présidé la cérémonie, alors qu’elle a été assistée de Mme Christine Muhigana, Représentante de l’Unicef et Parfait Onanga Anyanga, Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies. Mlle Gracela, une ressortissante des groupes en RCA depuis 2016 faisait partie des officiels.

La célébration de la Journée internationale 2018 en RCA coïncide bien avec le 15ème anniversaire de la rentrée en vigueur du Protocole facultatif de la Convention au droit de l’enfant concernant l’implication et l’utilisation des enfants dans les conflits armés, puisque le 21 septembre 2017, le Président Touadera a, au nom de la République, procédé à la ratification de ladite Convention. « Personne ne peut être recruté dans les groupes armés avant l’âge de 18 ans », précise l’idée forte de cette Convention.

Alors qu’en République centrafricaine, le tableau présenté par la situation des enfants soldats est catastrophique, voire effrayant. Mme Christine Muhigana, Représente de l’Unicef établit bien l’alarmante situation en notant qu’en 2015, sa représentation estimait qu’« entre 250 000 et 350 000 enfants étaient associés à des groupes armés. En République centrafricaine, depuis 2014, environ 12 500 enfants associés aux groupes armés dont 3 346 filles soit 29% ont été libérés. Pour la seule année 2017, plus de 3000 enfants associés aux groupes armés dont 865 filles ont été libérés et assistés par les partenaires de l’Unicef que son les Organisations nationales et internationales, la Minusca et les services spécialisés du gouvernement centrafricain ».

Et, à la Ministre en charge de la protection de l’enfance, Mme Gisèle Pana de déplorer que le problème de recrutement et d’utilisation dans les groupes armés reste encore, malgré tout d’actualité, car dit-elle, « si à ce jour, les efforts du gouvernement appuyé par les organisations du système des Nations unies, notamment la Minusca et l’Unicef, ainsi que les différents partenaires ont permis de retirer des milliers d’enfants des groupes armés ; il est malheureusement à noter que cette barbarie est loin d’être éradiquée. On dénombrait rien qu’en 2017, plus de 400 cas d’enrôlement des enfants ont été rapportés, et ceci, en violation de leur droit ».

En effet, devant le drame que représentent les chiffres présentés ci-haut, beaucoup d’efforts tant du côté du gouvernement que du côté des partenaires ont été consentis avec des résultats quand bien même louables. L’on se souviendra que, sous l’effet du travail minutieux de terrain abattu par le gouvernement et les partenaires, le 5 mai 2015, les groupes armés en République centrafricaine, en particulier la Séléka et le mouvement Anti-balaka ont résolu à travers un Accord de ne plus recruter des mineurs dans leurs rangs. Cela va sans compter le nombre d’enfants soldats déjà retirés entre les mains sanguinaires des groupes armés, d’autres enfants aient pu même être réinsérés dans la vie active et beaucoup plus à l’école.

La journée de l’enfant soldat ainsi organisée revêt donc toute son importance dès lors qu’elle s’offre comme le creuset idéal pour réfléchir sur les conditions de cette frange d’enfants, sachant pertinemment que les enfants sont l’avenir de demain. D’ailleurs, c’est ce qui fait dire à Parfait Onanga Anyanga, Représentant spécial du Secrétaire des Nations unies que normalement une journée de l’enfant soldat ne devrait pas exister, puisque la place de l’enfant n’est pas dans les activités armées ; « mais, il est bon qu’il y ait des journées comme celle-ci, parce que malgré peu, les enfants ont été faits soldats ». Et de rappeler que « l’utilisation des enfants par des groupes armés laisse des cicatrices profondes. Les enfants ont été séparés de leur famille et de leur communauté, ils ont participé à des attaques contre leur propre communauté parfois. Ils ont assisté à des acteurs odieux et répréhensibles ».

Parfait Onanga, profitant de l’occasion, renouvelle l’engagement des Nations unies à combattre l’utilisation par les groupes armés. « Notre devoir le plus urgent, c’est de les en libérer ces enfants… Notre engagement, c’est de rendre aux enfants leur dignité, à défaut de leur rendre leur innocence qui a non seulement été volée, mais violée », conclut le Représentant spécial du Secrétaire général des Nations unies.

Au-delà tout, Mme Christine aimerait bien compter avec cette célébration pour remettre sur la table et à l’opinion nationale et internationale les grands défis qui s’imposent aujourd’hui à la lutte pour l’éradication de recrutement des enfants dans les groupes armés. « Derrière les progrès réalisés se cachent des défis majeurs. Et nous ne pouvons les surmonter qu’au travers d’un effort collectif et concerté. Certaines écoles sont encore occupées, d’autres sont encore récemment attaquées, et ceci freine les efforts de réinsertion des enfants dans les structures scolaires et cela expose d’autres enfants au risque de recrutement dans les groupes armés. La mobilisation des ressources pour la mise en œuvre des projets de sortie et de prise en charge des enfants associés aux groupes armés n’est malheureusement pas à la hauteur des besoins », a déclaré Mme Christine Muhigana.

Elle fait également savoir que 37% des enfants libérés n’ont pas pu bénéficier de programme de réinsertion faute de moyens suffisants. En outre, l’insécurité a considérablement limité l’accès à certaines zones du pays. C’est même pour cela qu’elle a adressé ses remerciements aux partenaires qui appuient l’Unicef dans l’œuvre de la protection de l’enfance en RCA dont les Gouvernements du Japon, de la Belgique, de la France, du Canada, des Pays-Bas, des Etats unis, de l’Espagne, de la Chine, du Luxembourg et l’Union européenne.

Autour de Mme Gisèle Pana d’ajouter que « depuis, des résultats importants ont été obtenus, mais l’on estime qu’il reste de milliers d’enfants associés aux groupes armés ». Le membre du gouvernement a informé qu’à ce jour, « des efforts se poursuivent dans le cadre de la réinsertion de tous ces enfants, car ce n’est que par cette voie qu’ils pourront sortir et guérir de nombreux traumatismes auxquels ils ont été soumis ». Entre autres actions gouvernementales en cours pour l’éradication du phénomène d’enfant soldat, la Ministre annonce également l’examen en cours par le gouvernement de la Politique nationale de protection de l’enfant et l’adoption prochaine par l’Assemblée nationale de la Loi portant protection de l’enfant en RCA.

Notons que pour le compte de la célébration officielle, Mlle Gracela, 16 ans a fait le témoignage de sa propre vie, d’entrée et de sortie des groupes armés. Encadrée par l’Unicef, elle a donné plusieurs conférences devant des milliers d’enfants à travers le monde y compris une conférence à New York. « Les adultes ont fait beaucoup de mal aux enfants », a-t-elle souligné avant de conclure tel un ferme message adressé directement au Président Touadera que « Lorsque je serai Présidente de la République, je commencerai par désarmer tous les groupes armés ».

La visite des stands présentés par les Ong nationales et internationales de protection de l’enfant, à l’image de Plan international et ODESCA a clôturé la cérémonie.

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