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Centrafrique : l’observatoire Pharos à la rencontre des victimes de violences

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L’observatoire Pharos, association de veille du pluralisme, a mené pendant un an une enquête en Centrafrique, interrogeant près de 400 victimes de violences dans ce pays en proie aux conflits armés depuis des années.

L’organisme vient de remettre à Bangui 61 recommandations au gouvernement, aux députés et aux organisations internationales.

Jean Arnold de Clermont, président de l’observatoire, juge après cette enquête qu’il faut “s’approcher” des victimes pour “les écouter”.

QUESTION : Que ressort-il des nombreux entretiens que vous avez menés avec les victimes de la crise centrafricaine ?

RÉPONSE : Les victimes n’attendent pas grand-chose, elles savent que le gouvernement n’a pas énormément de moyens, mais, au lieu de faire des discours, il faut s’approcher d’elles, il faut aller les écouter, sur place. Il y a dans ce pays un grand nombre de députés. Ces députés doivent être ceux qui font la liaison avec les victimes. Que disent les réfugiés au Tchad et au Cameroun ? Ils disent qu’ils n’ont jamais reçu de visite, mis à part des gens qui sont venus prendre leurs noms, les recenser. Jamais personne n’est venu les écouter. Cette responsabilité de bienveillance à l‘égard des victimes est une nécessité absolue, et c’est cette bienveillance que nous appelons de tous nos vœux. Les victimes nous l’ont dit et redit : “Faites entendre ce que nous avons vécu”.

Q : Pourquoi cette écoute des victimes est-elle une “nécessité absolue” pour la résolution de la crise ?

R : Un pays qui n’a pas la mémoire de son passé, ne peut pas construire son avenir. Nous avons à l’occasion de ce rapport publié 20 récits de victimes, sur une quarantaine de pages. Ce dont nous rêvons, c’est que cette quarantaine de pages deviennent 400 pages avant la fin de l’année, 4.000 avant la fin de l’année suivante, parce que c’est grâce à cette mémoire collective qu’il sera possible aux responsables politiques d‘écouter, de comprendre ce qu’il s’est passé, de mieux comprendre la diversité des situations. Ce qui s’est passé à Bambari n’a rien à voir avec ce qui s’est passé à Kaga Bandoro, rien a voir avec ce qui s’est passé à Bouar, rien a voir avec ce qui s’est passé à Bangui, etc. Tout cela fait partie de la mémoire collective, qu’il faut analyser, pour comprendre et éventuellement pour trouver des remèdes.

L‘écoute des victimes est primordiale pour une autre raison : un jour, à Bangui, un psychologue a pris la parole, il a dit : “Est-ce que vous comprenez que ceux qui ont pris les armes au cours de cette dernière crise, ce sont ceux qui avaient 5, 6, 7 ans, au moment de la crise précédente ?”. Jamais personne ne leur a permis de verbaliser ce qu’ils avaient vécu. Et finalement, cette violence ressort, 10, 15 ans plus tard.

Les victimes, si on ne leur donne pas la possibilité de s’exprimer, d‘être entendues, risquent d’être celles qui prendront les armes, dans 10 ans, 15 ans, lors d’une nouvelle crise. Si on veut construire l’avenir, il faut partir de l‘écoute, de l’attention soutenue aux victimes d’aujourd’hui.

Q : Dans vos recommandations, vous vous opposez donc à l’amnistie générale, réclamée par certains groupes armés. Pourquoi ?

R : Nous nous sommes placés dès le départ dans la perspective du président de la République (Faustin-Archange Touadéra): impunité zéro. Nous prenons la même position que les victimes qui demandent avec force, d’une manière ou d’une autre, la justice. Quelle forme de justice ? Il y en a beaucoup qui vont se mettre en place, notamment la Commission Vérité Justice Réparation et Réconciliation (CVJRR). C’est un instrument absolument remarquable s’il est conduit avec une grande intelligence, une grande sensibilité. Il faut cependant faire attention. Nous avons travaillé avec l’institut Varenne. Ce sont des spécialistes des CVJRR, ils savent mieux que nous combien une loi instituant une CVJRR, parce qu’elle aura été trop vaste, en couvrant trop d’années ou trop de sujets, peut devenir totalement néfaste pour réaliser ce travail.

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