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L’opposant Ousmane Sonko

Une vidéo crée l’émoi au Sénégal. On y entend Ousmane Sonko, candidat à la présidentielle, qualifier les politiciens sénégalais de « criminels » et considérer que « ceux qui ont dirigé le Sénégal depuis le début mériteraient d’être fusillés ». Accusé par le gouvernement d’user du « jargon habituel du jihadisme », le leader du Pastef se dit serein mais tente d’éteindre l’incendie.

La vidéo, filmée au téléphone portable, est de mauvaise qualité. Elle a fait son apparition sur les réseaux sociaux sénégalais lundi 15 octobre, avant d’être reprise très rapidement par la quasi-totalité des sites de presse en ligne. On y voit Ousmane Sonko, micro à la main, assis au centre d’une petite assemblée adossée à la façade d’un immeuble.

Il lance d’abord, en français : « C’est inadmissible ce qu’il se passe au Sénégal ». Il passe ensuite au wolof : « Nos politiciens sont des criminels. Ceux qui ont dirigé le Sénégal depuis le début mériteraient d’être fusillés ! » Et d’ajouter : « Excusez-moi, mais ce sont des criminels. Il y a un énorme potentiel et de réelles capacités dans ce pays. C’est inadmissible de voir un tel niveau de souffrance des populations. »

Le tollé est immédiat, sur les réseaux sociaux mais aussi dans une partie de la presse. « Senghor, Diouf, Wade et Macky à fusiller, selon Sonko », titre notamment un site d’informations en ligne.

Accusé d’utiliser « le jargon habituel du jihadiste »

Dans une interview accordée à la RFM, l’une des principales radios privées sénégalaises, le ministre porte-parole du gouvernement, Seydou Guèye, s’est vigoureusement indigné de ces propos : « J’ai vraiment froid dans le dos que l’on puisse utiliser cette catégorie d’argumentation, qui est spécifique et propre aux logiques pro-islamique et jihadiste, ça me semble inacceptable dans notre espace politique », a-t-il lancé, accusant le leader du Pastef (Patriote du Sénégal pour le travail, l’éthique et la fraternité) d’user du « jargon habituel du terrorisme, de l’islamisme et du jihadiste ». Et Seydou Guèye d’ajouter : « Maintenant, il appartient à l’État de prendre les mesures qui s’imposent ».

Au sein du Parti démocratique sénégalais (PDS, opposition) – dont le fondateur, Abdoulaye Wade, a été président de 2000 à 2012 -, Mayoro Faye, chargé de communication, affirme qu’il « ne se sent pas concerné par ces déclarations ». « Sonko dit que la vidéo date d’il y a très longtemps et que le régime veut le mettre à mal avec le reste de l’opposition. Ousmane Sonko a beaucoup d’admiration pour le président Wade », assure-t-il.

CE QUE J’AI DIT, C’EST QU’IL EST INADMISSIBLE QUE LE PEUPLE SÉNÉGALAIS SUBISSE UN TEL SOUS-DÉVELOPPEMENT PENDANT QUE DES DIRIGEANTS S’ENRICHISSENT

Le principal intéressé, lui, conteste avoir spécifiquement ciblé les présidents sénégalais qui se sont succédé au Palais de la République depuis l’indépendance. « C’est tendancieux et téléguidé. Je me suis limité à dire “ceux qui ont géré ce pays”, pas forcément les présidents », martèle-t-il. Il affirme ne se souvenir ni du lieu ni de la date à laquelle ont été tournées ces images. Mais il assure à Jeune Afriquequ’elles « remontent à plusieurs mois ». « Je n’étais ni en meeting ni en conférence de presse. Et ces propos ont été sortis de leur contexte », affirme-t-il, bien que les images le montrent, de fait, micro en main près d’une banderole aux couleurs de son parti.

Mais sur le fond des propos, Ousmane Sonko assume : « Ce que j’ai dit, c’est qu’il est inadmissible que le peuple sénégalais continue de souffrir autant et subisse un tel sous-développement pendant que des dirigeants s’enrichissent et alimentent des comptes off-shore. Ça, c’est un crime. Tel était le contexte de mes propos. Je ne les regrette pas et je continuerai à tenir ce discours, car il est vrai. »

Et à ceux qui lui reprochent la forme, il répond : « Je n’ai dit à personne d’aller fusiller quiconque. Et si je suis élu président, il n’en sera pas non plus question – que ceux qui se sentent visés se rassurent. Il y aura toutefois des comptes à rendre pour ceux à qui un mandat a été confié et dont la gestion n’a pas été correcte. Nous sommes pour la justice et la reddition des comptes, pas pour fusiller qui que ce soit. »

« Candidat de Daesh » ou candidat gênant ?

Figure montante au sein de l’opposition, Ousmane Sonko est régulièrement accusé par ses détracteurs d’avoir une trop grande proximité avec les islamistes. Début octobre, l’homme d’affaires et ex-ministre Ahmed Khalifa Niasse publiait ainsi une tribune au vitriol accusant le président du Pastef d’être « le candidat de Daesh », mettant en garde sur l’idéologie de Sonko, qu’il considère comme étant « la même qui a sévi à Grand Bassam », station balnéaire ivoirienne frappée en 2016 par un attentat revendiqué par Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), et « dans la zone de Mopti et au nord du Mali », où sévissent plusieurs groupes terroristes.

« Encore une polémique cousue de fil blanc, orchestrée par le pouvoir », balaie Ousmane Sonko. « Si j’étais le candidat de Daesh et qu’il y avait de vrais soupçons, une enquête aurait été ouverte, on aurait demandé à mes détracteurs de fournir des preuves. » « Certains sont inquiétés par la popularité grandissante de notre parti. Depuis la sortie de mon ouvrage Solutions, je suis l’homme politique le plus attaqué et le plus diffamé du pays. Je subis une campagne de diabolisation », estime-t-il.

Et pour se défendre, Ousmane Sonko attaque. Il affirme ainsi que sa mère a été victime d’une tentative d’intimidation par la gendarmerie, au début de sa campagne de collecte de parrainages. Des agents de la section de recherche de la gendarmerie se seraient rendus au domicile de sa mère, fin septembre, pour se saisir des fiches de parrainages du candidat du Pastef « sans fournir de motifs à leur demande », affirme-t-il.

Aux autorités, il réclame également une enquête plus approfondie sur l’affaire Mariama Sagna, la militante du Pastef qui a été violée avant d’être tuée par strangulation chez elle, à Keur Massar, en banlieue de Dakar, le 6 octobre. Elle venait de quitter un meeting de son parti.

Quarante-huit heures plus tard, Amadou Seydi, procureur de la République, avait fait une déclaration excluant « toute connotation politique » dans ce meurtre. « Le procureur a tenu une conférence de presse alors que le principal suspect courait toujours, même si deux complices avaient déjà été arrêtés. C’est bien trop tôt pour écarter le motif politique », juge aujourd’hui Ousmane Sonko.

Au centre de l’attention

Pour lui, les polémiques qui naissent autour de sa personne sont « volontairement provoquées » pour « noyer les vrais sujets ». Et, malgré ce qu’il qualifie de « tempête dans un verre d’eau », Ousmane Sonko affirme son intention de continuer à mener activement sa campagne.

À quatre mois de la présidentielle, alors que Khalifa Sall et Karim Wade, deux des principaux candidats de l’opposition, semblent définitivement écartés de la course, Ousmane Sonko concentre l’attention. Accusé par certains d’être un candidat « radical », défendu par d’autres qui voient dans ces polémiques des manœuvres en coulisses destinées à la discréditer, il est en tout cas le candidat dont tout le monde parle désormais.

 

JA

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